Je me suis souvent posé la question :
qu’est-ce qu’il y a de si enivrant dans le pouvoir pour que l’Afrique soit autant parsemée de dirigeants qui ne souhaitent pas lâcher leur siège présidentiel ?
Qu’ils soient arrivés par les armes ou par des failles du système démocratique, nos chefs d’État brillent trop souvent par leur capacité à s’agripper au pouvoir, coûte que coûte.
Bien entendu, ce phénomène ne touche pas que l’Afrique. Mais soyons honnêtes avec nous-mêmes : quelque chose ne va pas du tout à ce niveau chez nous.
Et si on répondait à une question… par d’autres questions ?
Je ne sais plus où je l’ai entendu, mais cette phrase m’est restée en tête :
« La qualité de nos vies dépend souvent de la qualité des questions qu’on se pose. »
C’est d’autant plus vrai pour un État et son peuple.
D’où vient notre système de gouvernance actuel ?
La réponse se trouve dans l’histoire.
Nos pays sont jeunes. En dehors du Libéria, qui est un cas particulier, la plus vieille indépendance remonte à 1951, et la plus récente à 2011 avec le Soudan du Sud (encore un cas particulier).
Autrement dit : nous sortons à peine d’une très violente colonisation. Et cet héritage colonial gangrène encore nos structures. Dans bien des cas, celui qui trahit l’étranger — qu’il soit occidental ou oriental est vite écarté, isolé, voire détruit.
Mais celui qui cède, à tort ou à raison, peut souvent assurer à sa descendance un statut social confortable et une vie éloignée de toute forme de manque. Trahir son peuple devient une voie vers le succès. Et nous, que ferions-nous à leur place ?
Beaucoup d’entre nous, loin du pouvoir et de la richesse, sommes très prompts à critiquer ceux que l’on appelle « les traîtres de la nation ».
Mais la vérité, c’est que dans des États souvent faillis, où il n’existe plus de filet social, beaucoup voient en la politique la seule issue de secours.
Une manière de protéger sa famille, son village, sa tribu…
Et quand on sait qu’après le pouvoir il n’y a souvent que la prison, l’exil ou l’oubli, alors on comprend, sans JAMAIS le justifier, pourquoi certains s’accrochent mais SURTOUT que NOUS avons FAILLIS en temps qu’État.
Nos institutions sont faibles, et le peuple ne compte plus sur elles pour leur apporter le bien être. C’est là l’un des nœuds du problème.
Quand l’État devient un terrain de trahison, de pillage ou d’ethnicisme, le peuple finit par se détourner des institutions.
Ce désengagement renforce encore plus le pouvoir entre les mains d’un seul homme, qui concentre tout : pouvoir politique, économique, militaire, et parfois même spirituel ou religieux (le pouvoir le plus vicieux de tous).
On se retrouve alors face à des monarques du 21e siècle, bien plus puissants que ne le prévoit nos Constitutions, constitutions qui se font d’ailleurs piétiner et violer de partout à tort et à travers.
Le serpent se mord la queue.
Et nous voilà pris dans un éternel recommencement, un cercle vicieux où rien ne change vraiment. Le peuple ne fait plus confiance. Les institutions s’effondrent. Le pouvoir se referme sur lui-même. Et ceux qui en profitent n’ont aucun intérêt à ce que ça change.
Posons les bonnes questions, ENSEMBLE.
Si l’on veut trouver des solutions durables, il va falloir accepter de se poser les bonnes questions, et d’y répondre sans faux-fuyants.
C’est ce que je propose ici : un espace pour réfléchir ensemble.
Pas pour imposer des vérités, mais pour faire émerger des idées, des doutes, des prises de conscience.
Merci de m’avoir lu.
K.
