L’Afrique doit-elle dépasser la religion pour avancer ?

Avant-propos

Avant de commencer cette discussion, je vous invite à lire cet article avec un esprit ouvert.
Si vous refusez d’emblée toute réflexion critique, ce texte ne vous conviendra peut-être pas.

L’objectif ici n’est pas de jeter l’opprobre sur les religions, mais d’ouvrir une discussion honnête sur les besoins réels de nos États africains.
Quels sont les impacts de la religion – positifs comme négatifs ?
Pourquoi de grands hommes comme Thomas Sankara ou Julius Nyerere ont-ils choisi de bâtir leur société sur des valeurs universelles comme l’intégrité, l’honnêteté et la rigueur au travail ?
Et surtout : que pouvons-nous faire au quotidien pour limiter les dérives liées à nos particularismes (religions, ethnies) afin de privilégier l’essor du TOUT, c’est-à-dire de la Nation ?


Diversité religieuse du continent africain

L’Afrique est l’un des espaces les plus religieux du monde. Plus de 90 % des Africains se déclarent croyants. On y retrouve trois grands ensembles spirituels :

  • Le christianisme : environ 46,5 % de la population africaine,
  • L’islam : environ 40,6 %,
  • Les religions traditionnelles : environ 11,8 %.

Derrière ces pourcentages se cachent des réalités immenses : près de 500 millions de chrétiens et un nombre similaire de musulmans. Cette mosaïque spirituelle est le résultat d’une histoire africaine complexe, parfois douloureuse. Il faut le dire sans détour : les religions révélées ne se sont pas répandues uniquement par la prédication. Une grande partie du continent a été évangélisée ou islamisée dans le sang, les conquêtes et la contrainte.

Nous héritons aujourd’hui d’une Afrique presque divisée en deux :

une Afrique majoritairement chrétienne (31 pays),

une Afrique majoritairement musulmane (21 pays).

Référence des cartes : Gifex.com


Violences commises au nom de la religion : chiffres et réalités

Bien que toutes les religions prônent la paix et l’amour du prochain, l’histoire et l’actualité montrent qu’elles sont aussi utilisées pour justifier des massacres.

Depuis la chute de Kadhafi – présentée par l’OTAN comme une opération de “liberté” –, la Libye est devenue un chaos dont ont émergé de nombreux groupes jihadistes aujourd’hui installés dans tout le Sahel.
Au Soudan, des mouvements islamistes prônant l’établissement d’un État 100 % musulman ont déclenché des guerres civiles atroces qui se poursuivent encore aujourd’hui.

Des groupes comme Boko Haram, actifs du Nigeria jusqu’au Cameroun, se proclament « défenseurs de la vraie tradition musulmane ». Leur propagande est simple : “Tu es avec nous ou contre nous.”

Fait important :
Ces groupes tuent autant de musulmans que de chrétiens.
Tout croyant refusant leur idéologie est immédiatement catalogué comme traître.

La religion devient alors un levier d’endoctrinement puissant, surtout dans des sociétés déjà fragilisées par :

  • les inégalités économiques hérité de la colonisation,
  • les tensions ethniques,
  • l’absence d’opportunités.

Et n’oublions pas l’extrémisme chrétien :
En Ouganda, la LRA (Lord’s Resistance Army) de Joseph Kony a massacré des dizaines de milliers de civils au nom d’un État chrétien” fondé sur les Dix Commandements.

La Centrafrique est un autre exemple :
La Séléka (à majorité musulmane) et les anti-balaka (représentés comme chrétiens) se sont massacrés sur fond d’appartenance religieuse, alors même que les causes profondes de la crise étaient politiques, économiques et territoriales.

Quant aux religions traditionnelles, elles produisent rarement des guerres civiles, mais on y observe :

  • des lynchages de femmes âgées accusées de sorcellerie,
  • des expulsions violentes,
  • des meurtres rituels d’albinos, perçus comme porteurs de puissance mystique.

Rappel essentiel :

La religion n’est presque jamais la cause unique des conflits.
Elle fournit la justification, la bannière sous laquelle enrôler.

D’où la question fondamentale :

Sommes-nous Africains avant d’être musulmans ou chrétiens ?
Ou l’inverse ?


Impacts positifs des religions en Afrique

Votre obligé que je suis a l’avantage d’avoir eu une éducation spirituelle très particulière. Ayant grandi dans une famille musulmane, j’ai depuis mon enfance appris les enseignements du prophète de l’Islam. J’ai également fréquenté un moment les bancs de l’école coranique en plus d’avoir un guide de maison pour l’apprentissage de cette religion. 

Plus intéressant encore, pendant 3 ans, j’ai également fréquenté les bancs d’une école catholique du fait de leur réputation de formateurs rigoureux. 

Enfin à l’université, je me suis engagé à comprendre les fondements de la spiritualité africaine ancestrale pendant 2 ans.

De cette richesse spirituelle, j’en ai tiré une profonde satisfaction puisque malgré tous les dogmes que l’on peut entendre, toutes ces religions prônent des valeurs de biens. 

  • Être une bonne personne,
  • Respecter l’autre,
  • Cultiver la patience,
  • Aider son prochain,
  • Partager même quand on a peu.

En plus de ces éléments métaphysiques, les institutions religieuses en Afrique sont des vecteurs de connaissances et de soins. Elles ouvrent et gèrent des écoles, des hôpitaux et des repas communautaires. 

Dans cette même Centrafrique cité plus haut ou la religion à conduit à la guerre civile, l’Archevêque de Bangui Mr Dieudonné Nzapalainga avec l’Imam Oumar Kobine Layama et le pasteur Nicolas Guérékoyamene Gbangou, ont sillonné un pays en guerre pour prôner un message de cohésion et d’apaisement.

Ce trio symbolise l’Afrique que nous voulons : celle où la spiritualité apaise au lieu de diviser.

Finalement, les religions ont ce double effet qui, couplé à tous les autres problèmes socio-économiques conduisent aux guerres que nous connaissons. Ce serait naïf de ne pas relever, au moins par cette phrase, que les contextes géopolitiques et les ingérences étrangères ont un effet dévastateur supplémentaire.

Comment donc mettre en place des NATIONS unies en Afrique malgré toutes les divisions à défaut de réussir à mettre en place les NATIONS UNIES D’AFRIQUE?


Religions, ethnies et obstacles à la construction nationale

L’exemple tragique du génocide Rwandais ou la majorité de la population était chrétienne montre que la religion est l’un des obstacles mais n’est pas la seule cause de nos problèmes. Comment ne pas avoir une pensée pour nos frères et sœurs du Soudan qui sont massacrés au nom de certains chefs de guerre soutenus par des puissances exogènes prêtes à tout pour contrôler ce pays et ses ressources. Nous traiterons plus en détails de ce sujet sur la chaîne YouTube le temps venu.

Le pire, c’est qu’en Afrique, plus de la moitié des pays se considèrent comme des pays laïques prônant l’égalité entre les personnes sans aucunes considérations pour les appartenances ethniques ou religieuses. Dans les faits, très peu de pays se sont vraiment détachés de ces considérations dans le cadre de la vie publique. 

La clé du succès réside en réalité dans la substitution de ces considérations par d’autres plus constructives.

Je prends pour exemple THOMAS SANKARA qui a offert au peuple burkinabè de se regrouper autour de l’intégrité comme valeur fondamentale et comme base de la construction de la NATION Burkinabè. Aujourd’hui même si plusieurs se revendiquent de ce héros africain, beaucoup n’ont pas compris son message profondément. Concrètement, SANKARA était un rassembleur, il voyait en la discipline, au travail et en l’honnêteté les vertus essentielles qui sauveraient nos États. Il s’est battu contre la misogynie et les dogmes religieux tout comme l’avait fait GAMAL ABDEL NASSER au point de se retrouver pris pour cible par les mouvements radicaux.


VERS UNE NATION UNIE AUTOUR DE VALEURS COMMUNES

En définitive, religions et construction de l’État entretiennent une relation ambivalente en Afrique. D’un côté la foi permet de construire des ponts, d’être un repère pour des millions de personnes et de faire partie d’une communauté forte. Elles permettent de forger des réseaux puissants d’entraide et servent de guide moral pour la communauté. 

Le défis de nos États n’est donc pas de renier les religions, mais de trouver l’équilibre.

Pour devenir fort et prospère, un État doit rassembler son peuple autour de valeurs qui transcendent les éléments particuliers et clivants comme les ethnies, les religions et autres prétentions.

Le défis des dirigeants actuels et à venir de l’Afrique est de pouvoir créer une mélodie unique composée de toutes les petites mélodies du peuple. Autant dire que le travail est colossale.

 De plus en plus d’intellectuels, de leaders religieux et traditionnels appellent à un État vraiment neutre, vraiment juste, vraiment national.
Un État qui unisse, pas un État qui fragilise.

Finalement, les religions ne sont ni destructrices ni constructrices en elles-mêmes.
Elles sont des paramètres à gérer, comme les ethnies et les inégalités économiques.

Notre objectif était simple :
L’Afrique doit s’unir autour de valeurs qui transcendent nos différences.

Mais j’aimerais terminer par une vérité plus profonde encore.

L’Afrique ne sera jamais forte tant que nous continuerons à nous définir d’abord par ce qui nous divise.
Lorsque la religion devient plus importante que la Nation, nous devenons vulnérables.
Lorsque l’ethnie devient plus importante que le bien commun, nous devenons manipulables.

Nous devons choisir entre deux chemins…

Ce n’est ni la religion qui fera la grandeur de nos Nations,
ni l’ethnie,
ni la tradition,
ni l’histoire.

C’est le choix moral que nous faisons collectivement.

Et ce choix commence par une simple phrase :

“Je suis Africain avant tout.”

K.

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